Chroniques de l'Évêque

« Une année de bienfaits accordée par le Seigneur » (Lc 4, 19)

Jésus inaugure sa prédication en citant le passage du prophète Isaïe où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres (…) annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur ». Au début de cette nouvelle année pastorale, il me semble indiqué de la reconnaître comme une année qui en sera une de bienfaits accordée par le Seigneur.

Ces bienfaits qui s’annoncent sont nombreux. J’en évoque quelques-uns. Pour l’Église universelle et plus particulièrement pour l’archidiocèse de Montréal – dont nous faisons partie comme diocèse suffragant – la prochaine canonisation du Frère André est un bienfait pour nous tous. Pour notre Église, le prochain retour à Varennes de sainte Marguerite d’Youville dans la Basilique Sainte-Anne s’annonce aussi comme un bienfait, une présence stimulante, une mission pour qu’elle soit mieux reconnue comme la Mère à la charité universelle.

Cette année pastorale se présente aussi comme celle où notre diocèse recevra un nouvel Évêque. Nous ne savons qui il sera, mais nous savons qu’il sera un don de Dieu pour notre Église. Chaque évêque est différent, chacun apporte avec lui ses charismes, ses dons particuliers, sa personnalité. Il nous reste à l’accueillir, à le découvrir et à collaborer avec lui à la vitalité de notre Église.
 

Vers une catéchèse de toute la communauté

Dans l’esprit de plusieurs, le mot catéchèse évoque la formation des enfants à la vie chrétienne, voir le petit catéchisme. Et pourtant, si l’on se réfère au Directoire général pour la catéchèse, il est clair que la catéchèse s’adresse d’abord aux adultes. C’est à partir de la catéchèse aux adultes que s’élabore normalement celle des enfants et des adolescents. À première vue, nous aurions commencé à l’envers puisque nous avons d’abord offert la catéchèse en paroisse aux enfants de 7-8 à 10 ans, puis, aux jeunes de 11 à 13 ans. Il faut cependant comprendre que cette offre de catéchèse aux enfants de 8 à 13 ans n’aurait pas été possible sans que de nombreux membres du personnel pastoral et un grand nombre de bénévoles se soient eux-mêmes laissés catéchiser et sans que les parents eux-mêmes ne se soient mis en mode catéchétique.

 

Le troisième jour, il est ressuscité des morts

Il ne nous est pas possible de croire en notre propre résurrection sans d’abord croire à la résurrection de Jésus. Ainsi toute réduction du mystère de la résurrection, toute interprétation qui la ramène à une conception étriquée met en cause notre propre résurrection. Voilà pourquoi saint Paul va jusqu’à dire : « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine », vaine aussi notre espérance.
 

À l’écoute du curé d’Ars

Il y a suffisamment de similitudes entre l’époque du curé d’Ars et la nôtre pour que nous puissions trouver dans la figure du patron de tous les curés du monde une nouvelle inspiration pour nous au moment où le carême débute. Le curé d’Ars est né au temps de la révolution française, laquelle, selon les mots de Benoît XVI, avait étouffé la pratique religieuse. Par analogie, nous pouvons penser que la révolution tranquille du Québec a aussi, bien que d’une autre façon, entraîné une baisse significative de la pratique religieuse qui nous touche encore.

 

La maison du Pain

La maison du pain : voilà ce que signifie le mot « Bethléem ». La signification symbolique du mot est encore plus importante et plus significative lorsque nous lisons que Jésus est né à Bethléem… et dans une mangeoire. Il est né pour donner à manger aux foules. Il est né pour se donner en nourriture à ceux et celles qui croiront en lui. Il est né pour que ceux et celles qui lui deviennent semblables en communiant à son corps donnent à manger à ceux qui ont faim.

 

 

La raison et la foi face à la mort

Le dépôt à la Chambre des Communes d'un projet de loi visant à dépénaliser l'euthanasie relance un débat important, malheureusement souvent mal engagé. C'est ainsi que l'on affirme que les religions n'ont pas à imposer leur vue sur cette question ou encore que mourir « dans la dignité » est un droit qui justifie l'euthanasie.

Si l'Église catholique intervient dans ce débat public, ce n'est pas seulement au nom de la foi qui est la sienne, mais c'est d'abord au nom de la raison. Si l'Église en effet, reconnaît dans la foi un domaine qui lui est propre, elle ne se sent pas du tout étrangère dans celui de la raison. Et si la raison est l'instrument privilégié de la politique et du débat démocratique, il arrive que les passions ou les préjugés interfèrent dans les prises de position de ceux qui s'en croient affranchis. Voilà pourquoi c'est d'abord par des arguments de raison que l'Église intervient sur cette question de l'euthanasie tout comme elle le fait dans d'autres causes qui touchent à la vie et à la dignité humaine.

 

Une année sacerdotale

À l’occasion du 150e anniversaire de la mort du curé d’Ars, le Pape Benoît XVI a décrété une année sacerdotale, commencée le 19 juin dernier, en la fête du Sacré-Cœur, et devant s’achever le 19 juin 2010. Si l’occasion est l’anniversaire de la mort du « saint patron de tous les curés du monde » (SS. Pie XI), le but de cette année se trouve précisé par Benoît XVI : 1) « promouvoir un engagement de renouveau intense de tous les prêtres afin de rendre plus incisif leur témoignage évangélique dans l’Église et dans le monde »; 2) « reconnaître l’immense don que sont les prêtres non seulement pour l’Église mais aussi pour l’humanité elle-même ».

 

75 ans plus tard : L'Église de Dieu qui est à Saint-Jean-Longueuil

Nous avons clôturé les célébrations du 75e anniversaire de fondation de notre diocèse par la remise de l'Ordre du Mérite diocésain en la cathédrale Saint-Jean l'Évangéliste dans le cadre d'une liturgie de la Parole aux accents d'action de grâce. Quelque mille personnes avaient répondu à l'invitation à ce rassemblement où la joie était évidente et la fraternité manifeste.

Ce n’est pas par hasard que fut choisi pour cette liturgie de clôture le passage de l’évangéliste Jean où Jésus se présente comme la vigne et les disciples, les sarments. Nous voulions reconnaître que la parole de Jésus se réalisait dans notre Église : « celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruits ». Ainsi, à travers les quelque quarante-deux récipiendaires de l’Ordre du Mérite diocésain, nous voulions reconnaître tous les fruits portés par notre Église au cours de ses 75 ans d’histoire.

 

Redécouvrir la Résurrection

Il y a à peine cinquante ans que la théologie a redécouvert la place centrale de la Résurrection dans l'oeuvre du salut de Dieu. Cela a été rendu possible par le renouveau des études bibliques, patristiques et liturgiques. Le Concile Vatican II a honoré ce caractère central du mystère pascal, notamment dans ses grandes Constitutions, particulièrement celle de la Liturgie.

Je me souviens qu'au temps de mes études théologiques, aucun « manuel » à notre disposition n'offrait de développement sur le mystère pascal, la Résurrection n'y étant traitée que pour des fins apologétiques. Heureusement, notre professeur de « dogmatique » nous a mis en contact avec un ouvrage du P. François-Xavier Durrwell, La Résurrection de Jésus, mystère de salut, qui demeure une oeuvre magistrale, capable d'illuminer tous les autres secteurs de la théologie. Trois passages bibliques ont pour ainsi dire déclanché sa recherche : « Si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés » (1Co 15, 17); « Pour nous, il est mort et ressuscité » (2Co 5, 15); « Il a été livré à cause de nos péchés et ressuscité pour notre justification » (Rm 4, 25). Dans l'avant propos de son ouvrage, l'auteur écrit : « Le présent livre est né de la commotion d'âme que nous causèrent ces textes-clefs de saint Paul, et puis du désir d'introduire d'autres avec nous dans la salutaire connaissance du mystère pascal ».

 

De l'enseignement moral et religieux, l'école à la catéchèse en paroisse

Dès le présent mois de septembre 2008, le cours d'enseignement moral et religieux catholique ne sera plus offert dans les écoles publiques du Québec, pas plus, d'ailleurs, que le cours d'enseignement moral. Ces cours se verront remplacés par un cours d'éthique et de culture religieuse qui n'a rien à voir avec la catéchèse, ni même avec un enseignement religieux proprement dit.

 

L'Église dont nous fêtons le 75e anniversaire de fondation : communion et institution

Depuis plus d'un an, j'ai consacré ma chronique à présenter la Constitution sur l'Église du Concile Vatican II. Il ne pouvait s'agir d'un commentaire exhaustif mais de quelques réflexions reliées à la vie de notre Église diocésaine et destinées à mieux saisir le mystère de l'Église.

Alors que nous entrons dans les célébrations du 75e anniversaire de fondation de notre diocèse, j'aimerais réfléchir sur une question qui revient fréquemment dans les appréciations que l'on fait de l'Église universelle ou particulière et qui oppose l'Église institution à l'Église communion. C'est ainsi que l'on parle parfois de l'Église dont on rêve, d'une Église qui devrait se modeler sur la modernité ou sur la culture d'aujourd'hui, d'une Église qui aurait trahi le message de son fondateur. Il s'agit là d'une dangereuse tentation. On peut comprendre qu'elle puisse se présenter à notre conscience, car l'Église n'est pas sans défaut. Mais céder à cette tentation serait se comporter comme des adolescents qui prennent leur corps en dégoût à cause de quelques défauts qu'ils y décèlent.

 

« Il nous précède en Galilée »

Le jour de Pâques, nous étions invités à « rechercher les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu » (Col 3,1). La fête de l’Ascension fait tourner notre regard vers le ciel et la liturgie de cette fête nous fait comprendre que le Christ nous précède dans la gloire;  l’évangile de la même fête nous confirme qu’Il viendra de la même manière qu’ils (les disciples) l’ont vu s’en aller vers le ciel (Ac 1,11). Telle est la foi que nous proclamons dans le Credo de Nicée-Constantinople : « Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Écritures, et il monta au ciel; il est assis à la droite du Père. Il viendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts; et son règne n’aura pas de fin (…) J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir ». Le temps pascal, qui se terminera avec la Pentecôte, soutient ainsi notre espérance et nous trace le chemin qui conduit avec la vie en Dieu.

La Constitution Lumen gentium sur l'Église consacre tout un chapitre à traiter du « caractère eschatologique de l'Église en marche et de son union avec l'Église du ciel ». Par là, elle rompt avec une vision purement individualiste du salut. Elle se présente encore, dans ce septième chapitre de la Constitution, comme « le sacrement universel du salut ». Et à ceux qui disent « oui » au Christ, mais « non » à l'Église, cette Constitution affirme : « assis à la droite du Père, Il (le Christ) exerce continuellement son action dans le monde pour conduire les homme vers l'Église, se les unir par elle plus étroitement et leur faire part de sa vie glorieuse en leur donnant pour nourriture son propre Corps et son Sang ». (LG VII, 48). C'est donc en Église que nous allons vers Dieu, et la raison en est que l'Esprit du Père et du Fils donne naissance à l'Église, en est l'âme et la conduit vers son plein achèvement.

La résurrection du Christ et le don de l'Esprit, en étant à l'origine de l'Église, sont aussi à l'origine de la communion des saints qui fait partie de notre Credo. Cette communion des saints signifie à la fois la communion aux choses saintes, et plus spécialement aux sacrements, à l'Eucharistie et aux personnes saintes. Il faut nous rappeler qu'au début de l'Église - les Actes des Apôtres en témoignent - les membres de l'Église étaient désignés comme les saints. Or cette communion existe non seulement entre les membres de l'Église de la terre mais aussi avec ceux qui sont parvenus au ciel.

Chaque grande fête donne lieu, dans les médias écrits et électroniques, à des interventions souvent réductrices, simplistes et même déformées de la foi chrétienne. Pour les uns, la résurrection n'a rien à faire avec l'entrée du Christ dans la gloire du Père : elle se trouve dans l'action de ceux qui s'inspirent de l'Évangile. Pour d'autres, c'est dans la seule action pour la justice que se trouve la fidélité au Ressuscité et non dans les rites ou les sacrements. Pour d'autres enfin, la cosmologie biblique est telle que les références au ciel, à l'ascension dans le ciel, à l'existence au ciel, correspondent à une imagerie qui ne tient plus aujourd'hui. Il faut donc chercher dans une sorte de communication virtuelle, de souvenir impossible à ramener au présent, la communion des saints.

Les textes fondateurs du christianisme sont plus inclusifs que les discours réducteurs. Le Christ ressuscité est à la fois auprès du Père et réellement présent dans l'Eucharistie, dans la communauté chrétienne et dans les témoins de son Évangile; la communion des saints réunit en une seule Église ceux qui sont partis et ceux qui oeuvrent sur cette terre. La qualité de notre vie sur la terre, de notre relation aux autres et à Dieu détermine, la miséricorde de Dieu aidant, notre capacité à entrer dans la communion éternelle.

La richesse du mystère de la résurrection est telle que les cinquante jours du temps pascal ne sont pas de trop pour en méditer la richesse et poursuivre notre route forts du don de l'Esprit Saint de la Pentecôte.

   

La vie consacrée dans l'Église

Chaque année, le 2 février, et cela depuis le Synode des évêques de 1994, nous célébrons la Journée mondiale de la vie consacrée. Ce Synode actualisait, en quelque sorte, le chapitre VI de la Constitution Lumen gentium sur « La vie religieuse », de même que le décret Perfectae caritatis sur « La rénovation adaptée de la vie religieuse ». L'Exhortation apostolique qui a suivi le Synode des évêques de 1994 porte le titre de Vita consecrata. La vie consacrée, en effet, ne comprend pas que les religieux et religieuses (incluant les Ordres contemplatifs), mais aussi les vierges consacrées, les Sociétés de vie apostolique et les Instituts séculiers, les ermites, les veuves et les veufs consacrés.

 

Noël, fête de l'Amour

« Celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1,35). À l'égal du Père et de l'Esprit, Jésus est saint. Saint parce qu'il est Dieu, parce qu'il est Amour, il est l'incarnation de l'Amour. Voilà pourquoi nous pouvons affirmer que Noël est la fête de l'Amour. Le premier testament a maintes fois désigné Dieu comme Saint et même comme très Saint. On le comprenait alors comme le tout Autre. Il aura fallu une longue attente et finalement la venue du Messie pour comprendre que la sainteté de Dieu et son amour infini sont indissociables et nous sommes appelés à y participer.

   

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