L'Église dont nous fêtons le 75e anniversaire de fondation : communion et institution
Depuis plus d'un an, j'ai consacré ma chronique à présenter la Constitution sur l'Église du Concile Vatican II. Il ne pouvait s'agir d'un commentaire exhaustif mais de quelques réflexions reliées à la vie de notre Église diocésaine et destinées à mieux saisir le mystère de l'Église.
Alors que nous entrons dans les célébrations du 75e anniversaire de fondation de notre diocèse, j'aimerais réfléchir sur une question qui revient fréquemment dans les appréciations que l'on fait de l'Église universelle ou particulière et qui oppose l'Église institution à l'Église communion. C'est ainsi que l'on parle parfois de l'Église dont on rêve, d'une Église qui devrait se modeler sur la modernité ou sur la culture d'aujourd'hui, d'une Église qui aurait trahi le message de son fondateur. Il s'agit là d'une dangereuse tentation. On peut comprendre qu'elle puisse se présenter à notre conscience, car l'Église n'est pas sans défaut. Mais céder à cette tentation serait se comporter comme des adolescents qui prennent leur corps en dégoût à cause de quelques défauts qu'ils y décèlent.
« Il nous précède en Galilée »
Le jour de Pâques, nous étions invités à « rechercher les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu » (Col 3,1). La fête de l’Ascension fait tourner notre regard vers le ciel et la liturgie de cette fête nous fait comprendre que le Christ nous précède dans la gloire; l’évangile de la même fête nous confirme qu’Il viendra de la même manière qu’ils (les disciples) l’ont vu s’en aller vers le ciel (Ac 1,11). Telle est la foi que nous proclamons dans le Credo de Nicée-Constantinople : « Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Écritures, et il monta au ciel; il est assis à la droite du Père. Il viendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts; et son règne n’aura pas de fin (…) J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir ». Le temps pascal, qui se terminera avec la Pentecôte, soutient ainsi notre espérance et nous trace le chemin qui conduit avec la vie en Dieu.
La Constitution Lumen gentium sur l'Église consacre tout un chapitre à traiter du « caractère eschatologique de l'Église en marche et de son union avec l'Église du ciel ». Par là, elle rompt avec une vision purement individualiste du salut. Elle se présente encore, dans ce septième chapitre de la Constitution, comme « le sacrement universel du salut ». Et à ceux qui disent « oui » au Christ, mais « non » à l'Église, cette Constitution affirme : « assis à la droite du Père, Il (le Christ) exerce continuellement son action dans le monde pour conduire les homme vers l'Église, se les unir par elle plus étroitement et leur faire part de sa vie glorieuse en leur donnant pour nourriture son propre Corps et son Sang ». (LG VII, 48). C'est donc en Église que nous allons vers Dieu, et la raison en est que l'Esprit du Père et du Fils donne naissance à l'Église, en est l'âme et la conduit vers son plein achèvement.
La résurrection du Christ et le don de l'Esprit, en étant à l'origine de l'Église, sont aussi à l'origine de la communion des saints qui fait partie de notre Credo. Cette communion des saints signifie à la fois la communion aux choses saintes, et plus spécialement aux sacrements, à l'Eucharistie et aux personnes saintes. Il faut nous rappeler qu'au début de l'Église - les Actes des Apôtres en témoignent - les membres de l'Église étaient désignés comme les saints. Or cette communion existe non seulement entre les membres de l'Église de la terre mais aussi avec ceux qui sont parvenus au ciel.
Chaque grande fête donne lieu, dans les médias écrits et électroniques, à des interventions souvent réductrices, simplistes et même déformées de la foi chrétienne. Pour les uns, la résurrection n'a rien à faire avec l'entrée du Christ dans la gloire du Père : elle se trouve dans l'action de ceux qui s'inspirent de l'Évangile. Pour d'autres, c'est dans la seule action pour la justice que se trouve la fidélité au Ressuscité et non dans les rites ou les sacrements. Pour d'autres enfin, la cosmologie biblique est telle que les références au ciel, à l'ascension dans le ciel, à l'existence au ciel, correspondent à une imagerie qui ne tient plus aujourd'hui. Il faut donc chercher dans une sorte de communication virtuelle, de souvenir impossible à ramener au présent, la communion des saints.
Les textes fondateurs du christianisme sont plus inclusifs que les discours réducteurs. Le Christ ressuscité est à la fois auprès du Père et réellement présent dans l'Eucharistie, dans la communauté chrétienne et dans les témoins de son Évangile; la communion des saints réunit en une seule Église ceux qui sont partis et ceux qui oeuvrent sur cette terre. La qualité de notre vie sur la terre, de notre relation aux autres et à Dieu détermine, la miséricorde de Dieu aidant, notre capacité à entrer dans la communion éternelle.
La richesse du mystère de la résurrection est telle que les cinquante jours du temps pascal ne sont pas de trop pour en méditer la richesse et poursuivre notre route forts du don de l'Esprit Saint de la Pentecôte.